Quand l’écriture des femmes fait entendre la voix des hommes…: Réflexions sur la répétition dans trois romans d’écrivaines franco-vietnamiennes
- Editor(s):
- Castaing, A.; Gaden, E.
Abstract
Ce chapitre propose une réflexion sur les processus de répétition et les enjeux énonciatifs de voix, dans trois romans d’écrivaines franco-vietnamiennes publiés en langue française. L’analyse du plagiat dans La Double Vie d’Anna Song de Minh Tran Huy (2009), de la mise en abyme dans Chinatown de Thuân (2009) et de l’inceste dans Lame de fond de Linda Lê (2012), cherche à montrer que les répétitions sont capables d’établir une relation entre entités séparées (masculin-féminin, Viêtnam-France, passé colonial-présent des banlieues, etc.), et que cette relation vient dans une certaine mesure subvertir l’hégémonie, l’idéologie des divisions de genre, race et classe. Cependant, dans les œuvres étudiées, au-delà de solidarités ponctuelles entre personnages subalternes, il n’y a guère d’attention portée à la construction d’une subalternité qui pourrait formuler des revendications et s’opposer à l’hégémonie. Au contraire, E. Radar étudie comment cette stratégie postcoloniale se voit désavouée, en analysant dans quelle mesure cette absence pourrait être un véritable choix à interpréter, dans le contexte du communisme vietnamien, comme la résistance à une autre forme d’oppression, celle du collectif. Ainsi, les processus littéraires de répétition contribuent à élaborer une poétique au service de la relation qui subvertit l’hégémonie et permet d’imaginer le monde différemment, condition sine qua non pour le changer.
