"Les voix de Joséphine": "Médiation, polyphonie et agentivité dans Fleur de Barbarie de Gisèle Pineau"

Abstract

Nous nous proposons de présenter un double point de vue sur le roman de Gisèle Pineau, Fleur de Barbarie (2005), en nous attachant aux stratégies romanesques et communicationnelles mises en place par l’auteure, telles que la polyphonie, le texte palimpseste et la médiation culturelle. Il s’agira de dégager la perspective sur les Antilles qui est celle de Josette, héroïne et narratrice franco-guadeloupéenne que les lecteurs suivent dans son parcours de l’enfance à l’âge adulte, au fil de ses allers-retours entre la métropole et les Antilles. L’originalité de ce roman d’apprentissage à la vie et à l’écriture ne tient pas seulement à la perspective féminine donnée au topos du retour au pays natal, mais aussi et surtout à la mise à contribution de la figure de Joséphine Baker qui accompagne la narratrice dans ses déplacements, dans sa construction identitaire et dans son interprétation des espaces franco-caribéens. Image tierce dans les relations Métropole-Antilles et figure aux maintes facettes, Baker semble représenter chez Pineau un modèle de femme qui règle ses comptes avec les stéréotypes de femmes antillaises, mais qui n’en est pas moins un modèle ambivalent, voire contradictoire. C’est la mobilité des signifiants auxquels le signe “Baker” renvoie qui, ouvrant la porte à des pratiques interculturelles inédites de l’héroïne du roman de Gisèle Pineau, peut apporter de nouvelles perspectives aux études sur la Caraïbe. C’est que, dans Fleur de Barbarie, plus que simple modèle, l’artiste semble remplir un rôle de médiatrice dans la quête identitaire de Josette Titus, héroïne et narratrice franco-guadeloupéenne du roman. Baker se trouverait au centre du processus créateur de l’héroïne, l’accompagnant dans la construction d’une identité relationnelle, dans ses rapports à elle-même, à ses nombreuses “mères” et à la société dans laquelle elle vit. Cet article se propose d’évaluer la portée de Baker dans Fleur de Barbarie à partir des études en médiation interculturelle.